L’intuition : une aptitude sous-utilisée en entreprise ?

Atorg

Le point de vue de Corinne Aubert.

« Tout le monde possède cette aptitude l’Intuition ; il faut simplement s’en servir »
Eric Berne

Steve Jobs, fondateur d’Apple, ne jurait que par elle. « Ayez le courage de suivre votre cœur et votre intuition. Eux savent déjà ce que vous voulez vraiment devenir. Tout le reste est secondaire. » clame-t-il lors de son discours auprès des diplômés de l’université de Stanford.
Chez Google, c’est plutôt l’inverse. Dans son livre « Work rules ! », Laszlo Bock révèle quelques unes des façons de travailler chez Google et explique : « Pour être sûrs de prendre de bonnes décisions, nous les confrontons avec des données, avec de la science parce que notre intuition est fausse la plupart du temps, on ne peut pas lui faire confiance. »

Et vous, comment utilisez-vous votre intuition dans votre vie professionnelle ?  Parvenez-vous à vous laisser guider par cette frêle mais souvent fiable petite voix ? Faites-vous confiance au Jiminy Cricket (la conscience de Pinocchio, « la tranquille petite voix que personne ne veut entendre ») que nous portons tous en nous et au plus profond de nous? Ou privilégiez-vous la logique, la réflexion ? Ou encore préférez-vous écouter l’opinion de votre environnement ?

C’est quoi l’intuition ?

Carl Jung définit l’intuition comme « une fonction psychologique qui transmet des perceptions de manière inconsciente. » Cela ressemble fort à la définition du dictionnaire « connaissance spontanée de la vérité, sans intervention du raisonnement ni de l’attention consciente » (Funk et Wagnalls).

Dans ma pratique du coaching, j’observe chez certaines personnes qu’elles savent certaines choses sans savoir comment elles les savent, par exemple lors d’un recrutement, lors du lancement d’un produit par rapport à un marché, lors d’une décision, d’une orientation à prendre,…

Parfois même, je m’aperçois que non seulement la personne n’a aucune idée de la manière dont lui vient sa connaissance, mais elle ne sait même pas sur quoi porte cette connaissance ; pourtant, elle se comporte comme si ses actes et ses réactions reposaient sur un savoir spécifique.

Comment ça marche?

Selon Eric Berne, qui a élaboré l’Analyse Transactionnelle, l’intuition fonctionne en deux temps : une perception subconsciente et une verbalisation consciente.

  • Nous ressentons, nous percevons quelque chose dans notre for intérieur, nous captons avec nos sens quelque chose, sans en avoir conscience. Une image se forme alors à partir de l’intégration de ces impressions sensorielles. Elles entrent en résonance à la fois les unes avec les autres, mais aussi avec des tensions intérieures reposant sur les besoins du moment et des expériences passées.
  • Puis cette sensation va se conscientiser si nous lui portons attention. Ce « quelque chose » nous échappe et à la fois il est bien présent à nous quand nous osons lui laisser sa place. Il peut se manifester par une première impression, une petite voix, voire une douleur ou une insomnie. Nous allons y penser et l’analyser, l’écouter ou non est une autre question, mais nous le percevons suffisamment pour que cela perturbe ou nous interpelle dans nos pensées et nos actions.

Nous touchons donc notre mode de fonctionnement : un ensemble de sentiments, de pensées et de comportements, 3 composantes de notre façon d’appréhender et d’interagir avec la réalité : ne nous privons pas de l’ensemble de ces données !

Un raccourci utile, mais à vérifier !

L’intuition apparait ainsi comme un processus accéléré de traitement de l’information non verbale et verbale, comme un raccourcissement de schémas de pensées, d’actions et de ressentis intégrés à force d’expérience. Car l’intuition est liée à l’expérience, l’intuition se nourrit de l’expérience.

L’intuition est également en lien avec la notion d’imprégnation :  en s’imprégnant consciemment ou non d’images, de sons, sans chercher à ce qu’ils vont apporter, nous nourrissons notre intuition. Un temps qui peut paraitre inutile mais se révéler précieux.

Dans les organisations, l’intuition peut être une aide précieuse à la prise de décision, et à l’apprentissage : en effet, il est possible d’apprendre autant par l’intuition que par l’observation verbalisée et par la logique. La fonction intuitive est utile et vaut le coup d’être cultivée, de mon point de vue elle peut nous apporter beaucoup !

La cultiver, c’est s’entrainer à l’entendre, à l’écouter mais aussi à la vérifier, parce que l’intuition n’est pas toujours juste. Il est donc nécessaire d’émettre des hypothèses intuitives puis de vérifier, valider si notre intuition est juste ou pas. Et ainsi apprendre à mixer intuition et arguments cartésiens.

Encourager l’utilisation de l’intuition dans l’entreprise, c’est aussi donner la permission de se faire confiance, d’utiliser tous ses sens, d’humaniser et d’accepter une part d’inconnu. Intuiter, c’est prendre le risque d’un scénario possible mais pas absolu, c’est déjà admettre que l’on peut se tromper…