Bienveillance, Signes de Reconnaissance…. Matière à réflexion

christian

Cet article m’a été inspiré par la citation de Lao Tseu : « Un mot prononcé avec bienveillance engendre la confiance. Une pensée exprimée avec bienveillance engendre la profondeur. Un bienfait accordé avec bienveillance engendre l’amour. »

Qu’est-ce que la bienveillance ?

Le terme « bienveillance » est issu des mots latins bene volens, « vouloir bien ». S’il contient une notion d’intention (bene), il y a également une notion de vouloir « juste », dans laquelle s’inscrivent des qualités de rectitude.

De Lao Tseu à Eric Berne

« Un mot prononcé avec bienveillance engendre la confiance. » Décrypté avec les concepts d’Analyse Transactionnelle, ce « mot prononcé » est un Signe de Reconnaissance donné à partir de la position « OK+/Ok+ ». Eric Berne définit un Signe de Reconnaissance comme « tout acte impliquant la reconnaissance d’autrui ». 

La position OK+/OK+ est une attitude comportementale. Franklin ERNST a défini quatre attitudes comportementales que nous adoptons dans les échanges interpersonnels :

Ce que je pense de moi est OK ET ce que je pense de vous est non OK                      OK+/OK-

Ce que je pense de moi est OK ET ce que je pense de vous est OK                              OK+/OK+

Ce que je pense de moi est non OK ET ce que je pense de vous est OK                        OK-/OK+

Ce que je pense de moi est non OK ET ce que je pense de vous est non OK                OK-/OK-

Nous entrons en relation avec l’autre à partir d’une de ces positions et nous pouvons, au cours d’un échange, passer par n’importe laquelle de ces positions.

Un maître d’apprentissage parlant à son apprenti

Illustration de l’attitude comportementale OK+/OK+

« Alors là bravo, c’est superbe ! Tu as réalisé une excellente composition florale, tu as bien assorti les variétés de fleurs, tu as choisi des couleurs qui s’harmonisent, et tu as bien respecté les volumes. Vraiment très bien. » Le maître d’apprentissage est sincère, il peut démontrer ses dires, il n’y a ni exagération, ni minimisation, le Signe de Reconnaissance est personnalisé, donné entièrement à l’apprenti. Les propos, le ton et l’attitude du maître d’apprentissage vont dans le sens de bene volens. Tous les critères d’un Signe de Reconnaissance sont remplis. L’apprenti peut alors l’intégrer, se confirmer l’acquisition de ses compétences. Celles-ci sont reconnues par un professionnel, l’apprenti sait qu’il a agi avec compétence, et cela renforce sa confiance en lui sur ses capacités.

À partir de cette même position, le maître d’apprentissage aurait pu évaluer un travail mal réalisé : « Tu progresses, tu as bien assorti les variétés de fleurs. Par contre, les couleurs ne s’harmonisent pas bien, et tu dois encore travailler le volume pour respecter l’équilibre de ta composition. Est-ce que tu peux analyser ton travail et me dire ce qui ne colle pas ? ». Ces propos tenus avec une attitude respectueuse, sans exagération ni minimisation, les remarques pouvant être objectivées, le maître d’apprentissage considère que l’apprenti est capable de comprendre et d’intégrer les informations. Une remarque juste (même peu agréable) et prononcée avec justesse engendre également la confiance.

Illustration de l’attitude comportementale OK+/OK

Le maître d’apprentissage prend un air supérieur, très satisfait de lui-même et dit : « Ah Ah je vois que je t’ai bien inculqué les principes de la composition florale ». Sous-entendu : « c’est bien ce que tu as fait ». Il est sincère, mais il se fait avant tout un compliment à lui-même. Ses propos sont vraisemblablement motivés par une bonne intention mais la forme contrefait le Signe de Reconnaissance qui est donné à l’apprenti qui doit deviner le message, si tant est qu’il le comprenne.

Une autre attitude à partir de la position OK+/OK- pourrait être celle « du gentil maître d’apprentissage ». Le travail n’est pas bon, mais le maître d’apprentissage complimente l’apprenti car il pense que cela l’encouragera. « Oui, c’est bien, tu as bien travaillé ». Le maître d’apprentissage pense bien faire, mais comment peut-il argumenter, comment aide-t-il l’apprenti à se construire professionnellement, à savoir où sont ses compétences, et où il peut progresser ? Son attitude ne relève pas de bene volenset d’un esprit de rectitude. La répétition de ce comportement est dommageable car elle trompe l’interlocuteur, en l’occurrence l’apprenti.

Ce que cela dit du management « bienveillant »

Apprenti, collaborateur… les exemples donnés sont transposables. Le management bienveillant est un exercice difficile. Ce n’est pas le management « bisounours ». C’est un style de management empreint de rectitude, d’honnêteté intellectuelle, de sincérité et d’empathie saine. Or, compte tenu des pressions diverses auxquelles doit faire face un manager, nous voyons bien le défi que cela représente pour un homme ou une femme qui dirige une équipe. 

Toutefois, chacun peut agir : s’entraîner à adopter une position OK+/OK+, penser ou repenser sa manière de s’exprimer selon les situations. Cela contribuera à développer un respect réciproque même si les parties prenantes ne sont pas d’accord. Ce respect est le fondement pour cimenter la coopération.

Véronique LENFANT, Consultante-coach-formatrice – CTA (C)