Le Séminaire AT

Un séminaire de recherche dans le champ des organisations en Analyse Transactionnelle? Martine Bonneville, Isabelle Chevry, Danielle Lecharpentier, Gwenola Précheur, Patrick Ferrieux et Erwan Le Verger participent à ce séminaire. Jean-Pierre Quazza et Christine Chevalier, co-fondateurs, en assurent l’animation et la régulation.

Perspective historique

A l’origine l’Analyse Transactionnelle se constitue dans une recherche personnelle de Berne par rapport aux concepts de la Psychanalyse, et plus spécifiquement à ceux du courant de l’Ego-Psychology, alors très florissant aux Etats-Unis. Ultérieurement son développement s’est appuyé sur un groupe de réflexion, le Séminaire de San-Francisco (San-Francisco Social Psychiatry Seminar, ou SFSPS). On sait que Berne affichait une préférence pour la simplicité. On peut dire aussi que la diffusion, avec le succès éditorial de “Games People Play”, ne l’a pas non plus laissé indifférent. Et, à la fin de sa vie, vraisemblablement sous l’influence des premiers analystes transactionnels, il fait le choix de l’institutionnalisation (en transformant, le SFSPS en ITAA, International Transactional Analysis Association). Cette simplicité permettait d’ailleurs une certaine standardisation des concepts, utile à la diffusion et plus tard indispensable à l’établissement de normes de formation. Ainsi les caractéristiques qui ont fortement marqué les débuts de l’AT renforçaient une prééminence des voies et moyens favorables à une extension au détriment d’une exigence de recherche et d’approfondissement. A partir de là, on pourrait dire que la transmission (et donc la formation) est devenue fortement légitime, voire obligatoire, alors que la recherche est demeurée optionnelle, jusqu’à disparaître de l’horizon de beaucoup d’associations et de praticiens.

Actualité de la Recherche en AT

Depuis longtemps, de nombreux Analystes Transactionnels regrettent l’insuffisante visibilité de leur discipline dans les travaux universitaires et le relativement faible statut de sa théorie (comparé à d’autres, en particulier). Certains estiment que la survie de l’Analyse Transactionnelle comme discipline indépendante ne pourra se faire qu’au travers d’un rehaussement de son statut scientifique. Il convient de noter à ce propos qu’en application de la préférence pour la diffusion mentionnée plus haut, une proportion importante des ouvrages publiés en AT sont soit des manuels, soit des ouvrages de vulgarisation, ou à tout le moins des ouvrages “grand public”. Ceci explique peut-être (au moins en partie) cela. Quoi qu’il en soit, l’approfondissement théorique commence à être ressenti comme une nécessité. L’EATA en fait désormais un axe important de son activité et a soutenu la création d’une revue qui lui est consacrée. Des expériences diverses se font jour en Scandinavie, en Grande-Bretagne, en Italie. En France, différentes initiatives récentes vont dans le même sens

Le cas particulier de la recherche dans le champ des organisations

Berne a ouvert la voie à une utilisation féconde de l’Analyse Transactionnelle au sein des Institutions et des Organisations. Toutefois, là comme ailleurs, il a utilisé des idées, des concepts et des articulations qui demandent à être approfondis. On sait par exemple que sa conception du groupe et de l’organisation s’appuie sur une perspective psycho dynamique, comme par exemple celle de Bion. Mais la rapidité de son écriture, ainsi que sa volonté d’être exhaustif, malgré le matériel relativement restreint dont il disposait sur les organisations, ne lui ont pas permis de pousser ses intuitions aussi loin qu’il eût été possible. A titre d’exemple on voit que l’articulation de sa pensée sur le groupe (structure et surtout dynamique) avec sa pensée sur les individus pourrait être approfondie. Certes, des notions comme la persona, l’imago et le rôle s’y essaient, avec bonheur. Mais toutes les conséquences transférentielles de sa conception du leadership, par exemple, n’ont pas été explorées. De même, il n’a guère eu le temps d’approfondir les dimensions scénariques et inconscientes des organisations.
Par ailleurs, le fait qu’un certain nombre d’Analystes Transactionnels travaillant dans le champ des institutions et des organisations aient manifesté une préférence pour les outils (qui peuvent “servir”) au détriment des “concepts” (qui nécessitent une compréhension plus profonde), a contribué à l’impression de répétition. Des mises en forme graphique, quelquefois sophistiquées, sont souvent utiles au praticien, mais assez peu porteuses de réflexion théorique, voire de clarté méthodologique. Bref, il y a donc urgence à se saisir des concepts berniens, non pour les remettre en cause, mais pour les “faire travailler” au delà de ce que Berne, et peut-être certains de ses successeurs ont imaginé.

Méthodologie du Séminaire

Comme l’a montré le travail de José Grégoire sur les Etats du Moi, les concepts forgés par Eric Berne ne sont pas nécessairement des concepts “finis” au sens où leur cohérence, leur articulation entre eux et même leurs fondements peuvent faire l’objet d’interprétations, de mise en perspective et de réinterprétation dans des cadres de référence renouvelés. Cela nécessite naturellement de « faire travailler ces concepts », afin de valider les intuitions de Berne au regard de ses propres sources. Cela peut conduire aussi à s’intéresser au maniement de ces concepts par rapport à des problématiques qui n’étaient pas nécessairement celles de Berne à son époque. A titre d’exemple dans le champ psychothérapeutique, on notera avec intérêt la fréquence des articles sur le protocole de Scénario à une époque où les psychothérapeutes sont nombreux à noter l’expansion rapide de pathologies archaïques (narcissisme, états-limites) qui n’étaient pas tellement présentes à l’époque où Berne écrivait ses ouvrages.
On retiendra aussi que la juxtaposition d’approches différentes (psychanalyse, analyse systémique), pour enrichissante qu’elle puisse être, ne fait progresser en rien la recherche de cohérence et l’approfondissement nécessaires des concepts berniens eux-mêmes. C’est donc à partir de Berne, et des approches transactionnalistes que nous entendons mener ce travail.
Le choix des thèmes qui sont traités et/ou des situations d’application se font de manière collective, au début de chaque séquence (année ou semestre).